Dans beaucoup d’entreprises, le S&OP est présenté comme le moment où l’on aligne la demande, les capacités, les stocks et les priorités business.
Sur le papier, c’est le bon endroit.
Mais sur le terrain, un détail revient souvent : les KPI suivis au quotidien ne racontent pas toujours la même histoire que les décisions prises en S&OP.
On peut avoir un taux de service sous pression, des stocks qui montent, des prévisions instables, des plans de production modifiés en urgence… et malgré tout, continuer à tenir une réunion S&OP très propre, avec des slides bien structurées et des arbitrages qui restent assez théoriques.
Le problème n’est pas le KPI en lui-même.
Le problème apparaît quand chaque fonction lit ses indicateurs séparément.
Les ventes regardent le chiffre d’affaires et les ruptures.
La supply regarde les stocks, l’OTIF, les retards fournisseurs.
La finance regarde le cash immobilisé.
La production regarde l’adhérence au plan.
Et chacun peut avoir raison, localement.
Mais le S&OP n’a pas vocation à additionner des KPI. Il doit créer une lecture commune des tensions. Un stock élevé peut être un problème financier, mais aussi la conséquence d’une stratégie de sécurisation. Une baisse du taux de service peut venir d’un mauvais forecast, mais aussi d’un arbitrage industriel assumé. Un plan de production instable peut révéler moins un manque de discipline qu’un désalignement commercial en amont.
C’est là que les KPI deviennent utiles : pas comme des preuves pour défendre un service, mais comme des signaux pour comprendre où le système se déséquilibre.
Un bon S&OP ne cherche pas seulement à “suivre les indicateurs”. Il cherche à relier les indicateurs entre eux, à comprendre leurs contradictions, puis à décider ce que l’entreprise accepte de privilégier : service, stock, marge, capacité, cash ou résilience.
Finalement, la vraie maturité S&OP commence peut-être quand les KPI cessent d’être des tableaux de bord… et deviennent un langage commun.
Le sujet n’est donc pas : avons-nous les bons KPI ? Mais plutôt : savons-nous encore les lire ensemble ?
Quand les KPI racontent autre chose que le S&OP