En 1978, Jacques Saadé quitte un Liban plongé dans la guerre civile et s’installe à Marseille avec sa famille.
À l’époque, CMA CGM n’existe pas encore.
Il fonde la Compagnie Maritime d’Affrètement avec quatre collaborateurs, un navire et une seule ligne reliant Marseille, Livourne, Beyrouth et Lattaquié.
Le projet paraît modeste. Mais Jacques Saadé possède une conviction forte : le conteneur va transformer le commerce mondial.
Alors que beaucoup pensent encore que les ports et les entreprises ne sont pas prêts, lui voit déjà plus loin.
La compagnie se développe d’abord en Méditerranée. Elle traverse le canal de Suez, ouvre des bureaux en Asie et s’installe en Chine dès le début des années 1990.
Puis viennent les grandes acquisitions.
La CGM en 1996.
ANL en 1998.
Delmas en 2005.
APL en 2016.
En quelques décennies, la petite compagnie marseillaise devient l’un des plus grands armateurs mondiaux.
Mais l’histoire ne s’arrête pas au transport maritime.
Lorsque Rodolphe Saadé succède à son père en 2017, le groupe accélère sa transformation. L’objectif n’est plus seulement de transporter des conteneurs d’un port à un autre, mais d’accompagner les marchandises sur l’ensemble de leur parcours.
CMA CGM prend ainsi le contrôle de CEVA Logistics, puis renforce ses positions avec Ingram Micro CLS, GEFCO et Bolloré Logistics.
Le groupe développe parallèlement ses terminaux, le fret aérien, le ferroviaire et la logistique contractuelle. Il a même signé un accord pour acquérir FedEx Supply Chain en Amérique du Nord.
En 2025, CMA CGM a transporté 24,2 millions d’EVP. Son activité logistique a généré à elle seule 18,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Tout cela est parti d’une seule ligne maritime.
L’histoire de la famille Saadé montre surtout qu’un empire logistique ne se construit pas uniquement avec des navires.
Il se construit avec une vision de long terme, des investissements réalisés au bon moment et la capacité à comprendre avant les autres comment les flux vont évoluer.
Hier, CMA CGM transportait des conteneurs.
Aujourd’hui, le groupe cherche à maîtriser toute la chaîne.
Jusqu’où peut encore aller son intégration ?