Dans l’automobile, rendre une usine plus productive ne suffit pas toujours. Une voiture peut sortir rapidement de la ligne et perdre ensuite une partie de ce gain dans les kilomètres qui séparent les fournisseurs, l’usine, les zones de stockage et le port.
C’est ce qui rend le cas Renault à Tanger intéressant. Dans le nord du Maroc, quelques kilomètres seulement séparent l’usine, une partie de son réseau fournisseurs et Tanger Med. Renault compte 87 fournisseurs de rang 1 dans son écosystème marocain, dont certains sont installés dans la zone franche autour du complexe portuaire. Deux voies ferrées entrent directement dans l’usine et plusieurs rotations quotidiennes emmènent les véhicules sortis de chaîne vers le port.
Cette proximité change une partie de la logique Supply Chain. Moins de distance entre les maillons signifie potentiellement moins de transport intermédiaire, moins de temps entre production et export et surtout moins d’interfaces à coordonner. La performance ne vient donc plus uniquement de ce qui se passe à l’intérieur de l’usine, mais aussi de la manière dont l’écosystème a été organisé autour d’elle.
Le poids pris par le Maroc dans le dispositif industriel de Renault permet de mesurer l’échelle du modèle. En 2025, les sites marocains de Tanger et Casablanca ont produit plus de 394 000 véhicules, faisant du pays la deuxième plateforme industrielle mondiale du groupe en volume. 82 % de cette production est exportée vers 63 destinations.
C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants du cas Tanger.
On cherche souvent à gagner quelques secondes sur une ligne, quelques pourcents de productivité ou quelques euros sur une opération.
Mais une partie importante de la performance peut aussi se construire entre les opérations, simplement en réduisant la distance et la complexité qui séparent fournisseurs, usine et point d’export.
Une usine performante aide le flux.
Un écosystème bien placé peut changer toute sa trajectoire.
Renault à Tanger : pourquoi produire une voiture près du port change toute la supply chain